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Sondage GEC/BERCI: Un électorat engagé et sophistiqué

Herbert Weiss

(Traduction: Anne-Marie Munzberg-Engel , Université de Georgetown)

Cet article est le premier d’une série publiée par le Groupe d’Etude sur le Congo (GEC) au Centre de Coopération Internationale à New York University en réaction à un sondage effectué sur tout le territoire du Congo par le GEC et le Bureau d’études, de recherches et Consulting International (BERCI).

Ce sondage est un exercice à la fois intéressant et exaltant. En ma qualité de spécialiste du Congo depuis 1959, j’ai toujours été surpris par le fait que les Congolais se montrent très ouverts, sérieux et coopératifs lorsqu’ils répondent à mes questions, en dépit du fait que je suis américain et blanc. Je pense que cette expérience, assez étonnante, est pertinente pour un sondage d’opinion. Elle démontre clairement que les Congolais ont le sentiment de pouvoir s’exprimer librement et que les résultats sont donc fiables. Ceci est également confirmé par le fait que 97,5% des personnes interrogées ont, chacune, bien voulu consacrer toute une heure à répondre aux questions du sondage. De plus, BERCI est une organisation congolaise de recherches hautement respectée. Elle a effectué des sondages pour des organisations internationales de premier plan comme la Banque mondiale ou des gouvernements comme celui des Etats-Unis. Le fait qu’elle est entièrement dirigée et administrée par des Congolais lui apporte, à mon avis, une crédibilité nettement accrue.

Les personnes qui, comme moi, suivent de près l’évolution politique d’un pays se forgent inévitablement des opinions générales. On pourrait parler de préjugés mais cela ne serait pas tout à fait juste dans la mesure où elles ont passé beaucoup de temps à rechercher « la réalité » et analyser les informations obtenues. On devrait peut-être les appeler « post-jugés ». J’ai toutefois rarement eu l’occasion de confronter ces notions à des données concrètes. Quand j’étudie les résultats de ce sondage, mon objectif est de vérifier la véracité de certaines de mes opinions. Ont-elles un fondement ?

Ma conclusion la plus importante est que les opinions reflétées dans ce sondage confirment une fois de plus mon admiration pour l’intelligence des citoyens congolais. Ils ont pris des positions très claires, n’ont manifesté aucun fanatisme et ont montré un important consensus sur des sujets clés. Il y a une opinion citoyenne congolaise. Certains membres de l’élite politique seront extrêmement déçus par ces résultats. J’espère sincèrement que cette déception ne va pas les inciter à contester les résultats. Même s’ils sont déçus, je pense que ceux qui gouvernent les Congolais verront dans les réponses la preuve d’une maturité et d’une cohésion politiques des citoyens qu’ils désirent gouverner.

L’engagement démocratique et la sophistication de l’électorat congolais.

Pendant mon premier voyage sur le terrain au Congo (1959-1961), je me suis particulièrement intéressé à la lutte pour l’indépendance, la mobilisation politique et les élections déterminantes de mai 1960 qui ont produit le premier gouvernement national ainsi que les gouvernements provinciaux. En étudiant ces élections, j’ai été frappé non seulement par l’engagement des Congolais à participer mais également par l’intelligence et la sophistication de ces citoyens dans la façon dont ils ont voté dans cette élection qui était la première pour la plupart d’entre eux. Ce point de vue qui n’était en général partagé ni par de nombreux membres de l’élite congolaise ni par les analystes occidentaux, m’a été confirmé chaque fois que les Congolais avaient la possibilité de voter dans des élections relativement libres.

Les élections de 2006 sont un autre exemple d’engagement et de comportement électoral sophistiqué. Le Congo venait d’émerger récemment (2003) d’une division géographique et politique en deux parties à peu près égales. Une ligne diagonale allant plus ou moins du nord-ouest au sud-est avait pratiquement créé deux Congo, l’un contrôlé par Kinshasa, l’autre par les rebelles.

Au deuxième tour des élections présidentielles, Jean-Pierre Bemba, un ancien chef des rebelles a fait face à Joseph Kabila qui a été déclaré victorieux et le résultat a montré un pays divisé presque en deux parties égales. Pour expliquer ces résultats, toutes sortes de raisons ethniques et linguistiques ont été mises en avant.

Mon explication était très différente. Presque tous les Congolais avaient voté suivant la même logique. Ils avaient en grande partie voté contre les dirigeants qui les avaient gouvernés, très mal, à mon avis, durant les dix dernières années environ. Les régions contrôlées par Kinshasa avaient voté pour Bemba alors que les régions contrôlées par les rebelles avaient voté pour Kabila. Il faut ajouter que moins de 10% des représentants de l’Assemblée Nationale avaient été réélus. Quelle impressionnante démonstration des principes démocratiques les plus fondamentaux! Les dirigeants ayant mal gouverné leur pays avaient été congédiés.

Les élections de 2011 ont été tellement manipulées en faveur du président qu’il n’y a pas un seul analyste sérieux du Congo qui les considèrent comme légitimes. Néanmoins, elles représentent aussi un exemple de la compréhension sophistiquée de l’électorat congolais pour l’environnement politique dans lequel ils vivent. Pendant la campagne électorale, la coalition de Kabila au pouvoir a réussi à amender la Constitution pour que le vote présidentiel soit à un seul tour avec, comme vainqueur, le candidat ayant gagné le plus grand nombre de voix. Cela a évidemment donné un grand avantage à Kabila. Par conséquent, il était impératif que les principaux leaders de l’opposition unissent leurs forces et choisissent un seul candidat pour lui faire face. Mais les négociations entamées dans ce sens ayant échoué, les analystes sont arrivés à la conclusion que le corps électoral disposé à voter contre Kabila était divisé par des critères ethniques et régionaux. On supposait que cette partie de l’électorat allait diviser ses voix entre les dix candidats de l’opposition. Mais les données étaient différentes si on regarde les voix de l’opposition malgré le fait qu’elles étaient nettement sous- dénombrées. Dans les régions où il n’avait absolument aucune affinité ethnique, Tshisekedi, le leader le plus respecté de l’opposition, a reçu énormément de voix. En d’autres termes, les électeurs favorables à l’opposition ont fait ce que leurs leaders n’ont pas réussi à faire : concentrer leurs voix sur un seul candidat pour maximiser leurs chances de gagner la présidentielle.

Maintenant, si nous regardons les résultats du sondage, où se manifestent à la fois mon respect et mon admiration pour la sophistication et la conscience politique des Congolais ?

La première donnée que j’ai regardée est le soutien donné à la Constitution qui est énorme. Elle montre que 81% des personnes interrogées se sont opposées à toute tentative de changement. Ceci est une question cruciale dans l’atmosphère politique actuelle. J’ai entendu certains membres de l’élite congolaise préconiser la limitation du droit de vote rural aux élections locales sous prétexte qu’on ne pouvait pas s’attendre à ce que ces «mamans illettrées » puissent comprendre les affaires de l’Etat. Ceci soulève la question de savoir si le soutien de la Constitution ou comme il est dit dans le sondage « le refus d’amender la Constitution » est différente dans les zones rurales et les zones urbaines. La différence totale est de 1,6% seulement, bien dans les limites de la marge d’erreur. Une autre façon d’évaluer cette différence est de comparer Kinshasa, la plus grande ville, à toutes les autres provinces. A Kinshasa, le chiffre est de 88,3% contre tout changement de la Constitution alors que dans toutes les autres provinces combinées, le chiffre est de 80,4%. Il n’y a pas un seul pays au monde où la population rurale et celle des villes n’aient pas une opinion différente puisqu’ils ont des intérêts différents. Mais cette infime marge au Congo devrait être interprétée comme le reflet du succès de la création d’une identité nationale et aussi d’un vaste intérêt pour les affaires publiques même chez les citoyens des zones rurales éloignées. Finalement c’est un vrai soutien à la démocratie.

Ce sondage me permet donc de tirer deux conclusions. Premièrement, l’argument qui soutient la restriction de la participation dans la vie politique n’est que de la manipulation anti-démocratique. Deuxièmement, malgré le déclin de l’éducation, la conscience politique est présente dans toutes les classes de la société congolaise.

Je m’attendais à de grandes différences entre les régions qui ont subi des violences endémiques depuis vingt ans et les autres. J’ai choisi cinq provinces qui entrent clairement dans la catégorie de la violence endémique : Tanganyika, Nord Kivu, Sud Kivu, Ituri et Haut Uele. (Ce choix pourrait être élargi ou réduit).L’opposition moyenne à un changement dans la Constitution est dans ces provinces de 80%. En d’autres termes, même cette énorme différence historique dans la vie de ces citoyens n’a pas eu d’impact sur leur prise d’opinion concernant la question cruciale aujourd’hui qui est le soutien de la Constitution et l’opposition à tout changement.

Le même soutien pour la Constitution et les droits qu’elle garantit peut être étendu à des questions spécifiques. Par exemple, le droit de protester qui est protégé par la Constitution. Ainsi le sondage demande si le droit des jeunes qui avaient protesté devait être protégé ou, si cela pouvait créer des problèmes et déstabiliser le pays, ils devraient cesser leur protestation. En fait, ils ont protesté pacifiquement et ils ont été arrêtés. Le droit de protester a été défendu par 57% des personnes interrogées alors que seulement 16% ont pensé qu’il valait mieux qu’ils arrêtent les protestations. Là aussi, peu de différences dans les réponses entre les des zones urbaines et celles des zones rurales, et également entre les personnes éduquées et celles qui ne le sont pas.

Il est bien sûr intéressant de comparer le soutien au droit de protester et la participation même à une contestation sociale. Il va sans dire que nous avons là deux propositions bien différentes. Lorsqu’on leur a demandé s’ils ont participé à une quelconque contestation ces cinq dernières années, ils étaient seulement 7,6% à répondre par l’affirmative. Mais si ce chiffre est appliqué à toute la population, il montre une énorme tendance à participer. Si on estime la population à soixante-dix millions de personnes, cela signifie que plus de cinq millions de Congolais ont participé activement à des mouvements de contestation ces cinq dernières années. Il est à noter que 78% ont répondu qu’ils n’avaient pas participé. Il serait bien sûr encore plus intéressant de diviser ce nombre total suivant un axe campagne-villes et un axe régions violentes- régions non violentes, en ajoutant le facteur âge. Le sondage montre que les hommes entre 25 et 55 ans qui ont un diplôme universitaire participent infiniment plus à des protestations que la moyenne générale. Ceci suggère que les foules dans la rue ne sont pas seulement constituées par des jeunes au chômage, mais, si on désire être plus exact, qu’une partie de la classe moyenne a participé à des activités souvent dangereuses dans le but d’obtenir des changements politiques.

Il sera impossible d’avoir des élections avant la fin de l’année comme l’exige la constitution. Il est aussi évident que peu de préparatifs ont été faits pour qu’elles puissent avoir lieu dans un avenir proche. En fait, elles sont maintenant prévues pour 2018. Comment les Congolais ont-ils répondu à ce dilemme dans le sondage ? Il y a 6% d’entre eux qui ont répondu qu’ils protesteraient si les élections étaient remises. Puisque ce report est inévitable, ces réponses démontrent un sens de réalisme. Toutefois, ce chiffre atteint 9% chez ceux qui désirent protester au cas où les élections seraient truquées et 22% chez ceux qui désirent protester si elles étaient à la fois remises et truquées, ce qui est un scénario probable. Ils sont 38% à déclarer qu’ils ne participeraient pas à des protestations même si une seule des probabilités avait lieu.

Réaction à un changement de circonstances politiques

Un électorat sophistiqué modifie son soutien en fonction des changements dans l’environnement politique dans lequel il vit. Un électorat non sophistiqué a tendance à être prisonnier des loyautés immuables, qu’elles soient ethniques, religieuses, régionales ou idéologiques. Que dit le sondage à cet égard ?

Comme indiqué plus haut, lors des élections de 2011, une large partie des électeurs dans l’opposition s’est unie pour soutenir Tshisekedi sans qu’il détienne une base solide dans leur région. Prenons l’exemple d’une région, le Congo Central (anciennement le Bas Congo). En 2011, 74% de la population a voté pour Tshisekedi, alors que dans le sondage, il reçoit un soutien de 18%. Cette région continue à être très hostile à Kabila qui n’a reçu que 7% de voix dans le sondage.

Donc, l’opposition de fait à Kabila a bénéficié à plusieurs chefs de l’opposition dont Katumbi qui a rassemblé le plus de soutien avec 22%. Quand ce sondage a été effectué au Congo Central, Tshidekedi était très malade. On disait qu’il était dans le coma dans un hôpital de Bruxelles. Cette baisse de soutien représente-t-elle un changement permanent de soutien? Pas nécessairement. Tshisekedi s’est rétabli et est rentré au Congo, accueilli par des centaines de milliers d’habitants de Kinshasa. Selon cette analyse, s’il redevient une alternative viable à Kabila, il pourrait retrouver le soutien des habitants du Congo Central. L’idée est que les Congolais suivent les développements politiques, ajustent leurs opinions en conséquence et recherchent des alternatives aux dirigeants qui sont perçus comme mauvais. Ils agissent en conséquence en donnant leur soutien à ceux qui semblent avoir le plus de chances d’apporter des changements.

Le Congo est un Etat reconnu internationalement. Est-ce aussi une nation ?

Il y a plusieurs éléments qui peuvent entrer dans le concept de nation : une unité historique, une communauté ethnique, linguistique ou religieuse, un ennemi commun. La liste est longue. Le Congo n’a pas certaines des caractéristiques qui feraient de lui automatiquement une nation, à l’exception peut-être d’un sentiment d’hostilité commun à l’égard de certaines influences étrangères. A son origine, le Congo est le produit d’une conquête coloniale. Il n’est la manifestation ni d’une unité ethnique, ni d’une unité religieuse ou linguistique. J’ai pourtant observé qu’il y a un sentiment croissant d’unité, d’identité et de fierté nationales. Comment le sondage peut-il confirmer ou discréditer cette opinion ?

Quelles sont les divergences principales dans les opinions des personnes interrogées et quelle est leur importance ? Sont-elles régionales, ethniques, religieuses, générationnelles ou issues des différences de classes. Si d’une façon générale, il n’y a pas de ligne de faille significative, alors les Congolais ont fait un grand pas vers la construction d’une nation.

La première variable que j’ai regardée a porté sur les opinions concernant les partis politiques qui se sont farouchement affrontés. D’une manière générale, une moyenne de 59,4% manifeste une opinion positive ou plus ou moins positive des partis d’opposition. Il est intéressant de comparer ce chiffre avec l’opinion exprimée à propos des partis composant la Majorité Présidentielle (MP).On y retrouve presque la même proportion de personnes interrogées ayant une bonne ou plus ou moins bonne opinion de ces partis.

Un des résultats les plus fascinants de ce sondage est la comparaison entre les opinions équilibrées des deux alliances politiques qui s’opposent et le taux d’approbation de leurs leaders. Si on prend les cinq noms en tète dans chaque camp, on peut voir une différence fondamentale entre l’approbation des alliances et celle des leaders. Pour le MP, Le soutien cumulatif donné à leurs leaders est d’environ 17% (si les préférences politiques restent les mêmes le jour de l’élection). Pour l’opposition, le soutien cumulatif donné est de 61%. Pourquoi les partis composant le MP reçoivent-ils un soutien considérable alors que leurs leaders ne reçoivent que peu de soutien ? Je suppose que ceci est dû au respect donné à la Constitution. Ces leaders de la MP ont simplement tout fait pour ne pas respecter la Constitution alors que les leaders de l’opposition ont fait de ce respect leur exigence principale.

Le sondage montre, d’après moi, que la vaste majorité des Congolais a des opinions très semblables sur un certain nombre de problèmes cruciaux et cela représente l’essence d’une nation. Ce n’était pas toujours le cas et si cette opinion est acceptée, ceci représente une avancée majeure pour un peuple qui a maintenant soixante-dix millions de citoyens, divisé en quelques six cents groupes ethniques et couvre une énorme partie de l’Afrique Centrale. Je dois toutefois apporter une réserve. Ce n’est pas parce que deux personnes ont la même opinion qu’elles ne se détestent pas. Il est bien connu que des concurrences et des antagonismes ethniques existent au Congo. Sont-ils à ce point exacerbés qu’ils arrivent au point de s’exclure mutuellement du statut de Congolais? Si c’est le cas, les éléments de cohésion nationale que j’ai cherché à montrer sont ébranlés.

Il y a deux parties du sondage qui rappellent cette variable. La première, plutôt optimiste, montre que les Congolais s’identifient infiniment plus à leur nation qu’à leur groupe ethnique. Ils sont 58,4% à déclarer qu’ils se sentent uniquement Congolais ou plus Congolais que membres de leur groupe ethnique. La seconde est plus décevante.

En 2002, Tatiana Caryannis et moi-même, avons demandé à BERCI d’organiser un petit sondage qui posait cette même question, Il montrait qu’une très grande majorité des Congolais, identifiés par leur ethnicité, se reconnaissaient comme Congolais même lorsqu’on questionnait les personnes interrogées sur leurs « opposants » ou leurs « ennemis » ethniques. Il y avait toutefois une exception frappante pour les Tutsi, les Hutu et le sous-groupe Tutsi, les Banyamulenge. Comparés à d’autres groupes ethniques, ils n’étaient pas reconnus comme de véritables Congolais. L’actuel sondage s’étant de nouveau intéressé à cette exclusion, ces trois groupes ethniques sont considérés comme différents, aujourd’hui comme en 2002.Le sondage de 2016 a posé la question de savoir si les Banyamulenge (qui n’existent qu’au Congo) sont des Congolais. Il n’y a que 23 % qui ont répondu par l’affirmative. Quand on leur a demandé s’il existe des Tutsi congolais, 24% ont répondu par l’affirmative. Pour les Hutu, le pourcentage a été de 27%. Nous pouvons comparer ce résultat à celui de 2002. Les Banyamulenge avaient reçu 26%, les Tutsi 17% et les Hutu 18%. Il y a évidemment des raisons historiques très complexes à cette exclusion. En résumé, il y a un large consensus national sur les questions clés et les opinions exprimées sont dans l’ensemble équilibrées et raisonnées. Mais il y a des problèmes d’acceptation et d’intégration

Le président Kabila dans le passé et aujourd’hui.

Je pense que quand Joseph Kabila a pris le pouvoir pour la première fois en 2001, il bénéficiait d’un soutien populaire substantiel. Cependant ce soutien semble avoir baissé de façon constante avec, comme résultat, un énorme manque de soutien aujourd’hui. Pourtant des millions de Congolais ont voté pour lui en 2011. Il faut dire que les résultats ont été manipulés mais cela n’empêche pas que des millions ont voté pour lui. Qu’est ce que le sondage nous apprend sur cette variable ? Où en est aujourd’hui son soutien populaire ?

Ce qui m’a surpris dans le sondage est combien sa position s’est dégradée. Comme nous l’avons mentionné plus haut, il serait de 7,8% dans une élection hypothétique. Il n’y a aucun doute que ce manque de soutien va de pair avec les réponses à une autre question. A la question de savoir si Kabila devrait démissionner si les élections exigées par la Constitution n’étaient pas tenues avant la fin de 2016, 79% ont répondu par l’affirmative. Ces résultats sont également frappants quand on les compare au soutien apporté à ses principaux rivaux (18% pour Tshisekedi, 33% pour Katumbi et 7,5% pour Kamerhe).

Etant donné mon intérêt pour la question de l’unité nationale et la division entre les zones rurales et urbaines, il est surprenant et impressionnant de voir combien le soutien pour ces leaders est semblable lorsqu’on se penche sur la division rurales/urbaines.

Résultats obtenus par les leaders en tenant compte de la dichotomie : zones rurales / zones urbaines

  • Kabila             7,8%   (76% dans les zones rurales et 24% dans les zones urbaines)
  • Tshisekedi   18% (80% dans les zones rurales et 20% dans les zones urbaines)
  • Katumbi         33% (74% dans les zones rurales et 28% dans les zones urbaines)
  • Kamerhe         7% (80% dans les zones rurales et 20% dans la zone urbaine

J’en conclus que Kabila a perdu énormément de soutien aussi bien dans les zones urbaines que dans les zones rurales (bien qu’il y ait des différences suivant les provinces) parce qu’il refuse de renoncer au pouvoir et semble, par conséquent, transgresser clairement le respect de la Constitution. Mais en même temps, ceci doit être nuancé car d’après le sondage, la réponse à la question suivante « Soutenez-vous fortement, moyennement ou pas du tout la manière dont le Président Kabila gère son travail en tant que Président de la République ? » montre un soutien d’environ 39,3%, donc nettement plus fort que les 7,8% qu’il recevrait s’il était candidat. Ce résultat suggère que les Congolais ne s’opposent pas automatiquement à lui en tant que personne mais veulent qu’il respecte la Constitution et la date prévue pour l’alternance. C’est la raison pour laquelle ils préfèrent d’autres leaders, ce qui démontre une position remarquablement subtile et réfléchie.

Ce sondage a renforcé ma longue admiration pour ce que je pense être la maturité politique des Congolais. Si seulement leur leaders pouvait les respecter et les suivre.

Herbert Weiss est professeur émérite à la City University de New York.