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Rapport – Je t’aime, moi non plus : l’Afrique du Sud et Inga III

Et si l’Afrique du Sud se retirait d’Inga III, le projet hydroélectrique de la République démocratique du Congo qui peut potentiellement électrifier une grande partie du continent et stimuler le développement régional ? En octobre 2013, le gouvernement sud-africain s’est engagé à acheter 2,5 des 11 gigawatts que pourrait produire Inga III, et a récemment, en février 2020, réitéré publiquement son soutien au projet.

S’engager dans Inga n’a pourtant aucun sens sur le plan financier ou énergétique pour l’Afrique du Sud. Mais, la politique actuelle d’Inga de l’Afrique du Sud est contradictoire, oscillant entre le désir de projeter une image de puissance panafricaniste promouvant le développement économique du continent, et la réalité selon laquelle acheter de l’électricité auprès d’Inga III est risqué et peut être plus cher que la plupart des autres sources disponibles sur le marché intérieur.

En octobre 2019, le Groupe d’étude sur le Congo (GEC) et Resource Matters ont démontré combien le projet Inga III, négocié à huis-clos, était tourné vers l’extérieur et ne garantissait pas l’accès à l’électricité aux millions de Congolais qui vivent dans le noir.

Dans ce nouveau rapport « Je t’aime, moi non plus : l’Afrique du Sud et Inga III », publié ce jeudi 19 mars, le GEC et Phuzumoya Consulting, un centre de recherches basé au Cap, décryptent l’intérêt persistant de l’Afrique du Sud sur Inga III, tout en le replaçant dans le contexte de la politique étrangère mais aussi économique du pays.

Aujourd’hui, le projet suscite la controverse en Afrique du Sud. Cela suppose que le pays cherche sans doute une stratégie de sortie. Mais l’Afrique du Sud craint de se retirer d’Inga et de donner l’impression de ce fait d’avoir renié son engagement post-apartheid de contribuer au développement économique du continent. L’incapacité de la République démocratique du Congo à respecter ses engagements lui offrirait une porte de sortie honorable. Concrètement, selon le département sud-africain de l’énergie, si la construction du barrage ne démarre pas d’ici le 2023, l’Afrique du Sud ne pourra pas commencer à prélever ses 2,5 gigawatts à Inga en 2030, comme convenu, et pourrait ainsi déclarer caduc le traité relatif au projet Grand Inga.

Si l’Afrique du Sud devait abandonner Inga III, ce serait un coup dur pour ce projet sur le plus grand site hydroélectrique potentiel du monde. En effet, sans sa garantie d’acheter l’énergie d’Inga III, le projet risque de ne pas être bancable ni réalisable.

Outre un éventuel retrait de l’Afrique du Sud, deux autres facteurs pourraient remettre en cause l’ensemble du projet : le retrait fin janvier de la société espagnole ACS, membre de l’un des deux consortiums retenus pour développer le barrage, et la volonté du nouveau président congolais Félix Tshisekedi de donner une nouvelle orientation au projet. À ce stade, l’avenir d’Inga III est, une fois de plus, incertain.

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