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Les menaces se précisent

Dans un communiqué rendu public le 23 octobre dernier, le M23 qui semblait avoir fait son deuil de la rébellion menée au sortir des élections générales de 2011 se rappelait au souvenir de tous les Congolais. Ni plus ni moins, l’ancien mouvement rebelle menaçait de se désengager des déclarations de Nairobi, soubassement de l’Accord Cadre d’Addis-Abeba.

Le moment choisi pour exiger la réévaluation de l’accord ainsi que des engagements souscrits par tous les signataires n’est certes pas anodin. En effet, l’amnistie telle qu’elle a été distribuée par le parlement congolais ne suffit pas, murmure-t-on dans les rangs de l’ancienne rébellion. Allusion évidemment faite aux différents chefs rebelles toujours sous le coup de mandats d’arrêt. Par ailleurs, le M23 avait aussi vocation à devenir un acteur majeur de la politique congolaise, tandis qu’une grosse part de ses combattants, comme beaucoup d’autres avant eux, attendaient, entre Kamina, Kotakoli et Kitona, qu’il leur soit appliqué le DDR.

C’est plus qu’un signal qu’a émis le M23. Un signal dont il faudra correctement décrypter le message. Rien, certes, ne dit que l’ancienne rébellion soit de nouveau tentée par une aventure militaire, l’Ouganda comme le Rwanda n’étant pas enclins à provoquer la communauté internationale dans un contexte où ils doivent gérer sur leurs propres terres l’épineuse question de la succession pour l’un et du troisième mandat pour l’autre. Au même moment, la brigade d’intervention de l’ONU reste toujours pleinement impliquée pour faire face à toute menace de déstabilisation.

Reste que la saute d’humeur du M23 n’est pas gratuite. Reste, aussi, que l’agitation qu’on sent poindre dans le chef du M23 est l’exacte réplique de celle qu’on entend monter, depuis plusieurs semaines et mois, sur la scène politique.

La semaine dernière, la CENI a affiché complet depuis les démissions successives de l’Abbé Malu Malu, de son vice-président André Mpungwe et de la Questeure Chantal Ngoy, remplacés respectivement par Corneille Nangaa, Basengezi Kantitima et Pierrette Mwenze Kisonga. L’équipe au complet a prêté serment jeudi 19 novembre devant la Cour Constitutionnelle, dans un contexte où l’Eglise catholique a continué d’exprimer ses réserves les plus expresses sur l’approche ayant conduit à la désignation du nouveau président de la CENI, qui a essuyé, dès le lendemain, des tirs croisés remettant en cause son indépendance.

C’est d’abord le porte-parole du gouvernement qui a pratiquement intimé l’ordre à la CENI, au nom d’une certaine souveraineté, de ne pas compter sur les fonds des partenaires pour financer le processus électoral. Lambert Mende réagissait à sa manière habituelle en tirant sur tout ce qui bouge, notamment sur l’envoyée spéciale de la Grande Bretagne dans les Grands Lacs, coupable à ses yeux d’avoir posé des conditionnalités au soutien de son pays au processus électoral, en termes de calendrier consensuel et de respect des délais constitutionnels.

Pressions, ensuite, de la part des forces vives, dont la déclaration datée du 18 novembre 2015 exige de la nouvelle équipe de la CENI de s’attaquer en priorité au calendrier électoral consensuel et de respecter des délais constitutionnels. La quadrature du cercle en d’autres termes. Comment, en effet, établir un calendrier électoral consensuel quand le dialogue annoncé bat sérieusement de l’aile, quand des forces emblématiques telles que l’Eglise catholique et l’Udps tracent des lignes rouges remettant en cause la vision du glissement, du consensus mais aussi d’une nouvelle transition que caresse sans doute la MP, toujours aussi prompte à crier au procès d’intention.

Le petit florilège investit d’abord dans l’émotionnel  : «Convaincus que la Constitution de 2006 est le condensé des solutions formulées par notre Histoire à nos contradictions, qu’elle ne peut être préservée qu’au prix d’un large rassemblement populaire et républicain, au-delà de tout clivage politique, social ou confessionnel, autour des idéaux de liberté, de justice et de prospérité partagée défendus par les pères de l’indépendance en 1960, renouvelés à Luluabourg en 1964, à la Conférence nationale Souveraine en 1990 et au dialogue intercongolais de Sun City en 2001».

Ensuite, les forces vives rappellent leur position de principe qui rejette « toute tentative de révision, de changement, de manipulation ou d’interprétation irresponsable et tendancieuse de la Constitution à la veille des échéances électorales constitutionnelles en vue de remettre en question les précieux acquis du Dialogue Intercongolais et les engagements de l’Accord Cadre d’Addis Abeba ».

Enfin, les forces vives lancent un appel aux accents presque militaires «au rassemblement de toutes les forces politiques et sociales autour de la défense de la Constitution du 18 février 2006, creuset des valeurs républicaines de notre Histoire en ce qu’elle garantit l’instauration d’un Etat de droit, le pluralisme politique et l’alternance démocratique, gage de paix et de stabilité économique et de progrès social retrouvés, et à sceller cet engagement dans un pacte républicain par la signature d’un serment solennel de toutes les forces vives de la Nation déterminées à lutter ensemble pour la démocratie au service de la paix, de l’unité et du développement du peuple congolais ».

On peut interpréter cela comme on veut. Une chose est sûre : les menaces se précisent.