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La note interne qui accuse la CENI

Pendant la dernière semaine de janvier, une note technique de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a fuité sur les réseaux sociaux. Le document parle de l’actualisation du fichier électoral et propose deux options: une révision partielle, avec 17 266 631 nouveaux électeurs, et une révision totale, avec 41 million personnes attendues. La première option s’étendrait sur 13 mois et la deuxième au moins 16 mois et un jour.

IMG_4488Le choix opéré par le bureau de la CENI en faisant fuiter sa proposition d’échéancier pour la révision du fichier électoral est-il inconscient ou, plutôt, délibéré ?

Inconscient, il serait à coup sûr irresponsable ; délibéré, il serait dangereux dans un contexte où la moindre étincelle est susceptible de provoquer un incendie.

La question est au centre d’un débat comme seuls les Congolais en raffolent. Certes, la note n’est pas officielle dans la mesure où aucune correspondance officielle ne l’assume (même si la CENI a apparemment parler du document avec des diplomates accrédités à Kinshasa). Mais il est aussi symptomatique qu’aucun responsable n’ait pris soin, à ce jour, de la désavouer.

Plusieurs observateurs sont d’avis qu’il s’agirait d’un ballon d’essai qui a parfaitement fonctionné. Il reste naturellement à savoir pour quelle finalité, si ce n’est celle de faire entériner le «glissement technique» afin d’appuyer le «glissement politique», faute pour les uns de convaincre que les questions relatives aux opérations électorales sont de la compétence exclusive de la CENI ; ou, pour les autres, de démontrer que le virage de décembre 2016 ne peut être abordé sans un minimum de consensus politique.

Dans tous les cas, les critiques qui se sont multipliées à l’endroit de la CENI, autant que le tollé qui a salué la sortie de la note constituent la preuve que le timing, autant que la forme, étaient mal choisis. Sans aucun travail d’approche en aval sur le fond des garanties mutuelles, susceptibles de sécuriser les uns et d’apaiser les autres.

La CENI a surtout, à son corps défendant, apporté la preuve que son indépendance relève encore et toujours de la vue d’esprit. Sa reconstitution fin 2015, au pas de course, et au profit d’une seule famille politique, n’est pas – loin de là – gage d’une indispensable neutralité. Surtout quand on sait que sur les 13 membres de son bureau, 6 sont de la majorité, contre quatre de l’opposition et 3 de la société civile.

Enfin, on se souvient qu’à peine installé, Corneille Nangaa, le successeur d’Apollinaire Malu-Malu, avait conditionné la définition d’un nouveau calendrier à la tenue du dialogue politique. Le hasard n’existant pas en politique, la question que se posent ses critiques les plus chauds s’énonce ainsi : à quoi servirait de parler de manière isolée d’un échéancier pour la révision du fichier électoral si celle-ci ne vient pas s’intégrer dans un cadre logique et cohérent qui donne tout son sens et sa perspective au processus électoral. Le péché originel se situe là, dans cette note qui apporte du grain au moulin de ceux qui accusent la CENI d’avoir pris fait et cause, sans débat, en faveur du glissement.

Comment rétablir une crédibilité désormais entamée ?