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La dernière ligne droite ?

Une délégation du Conseil de sécurité de l’ONU est attendue cette semaine en République démocratique du Congo. Le programme de son séjour comprend Kinshasa pour des discussions avec les protagonistes de la crise congolaise, mais aussi des visites à l’Est, notamment à Goma et Beni.

Plusieurs observateurs dans la capitale congolaise ont indiqué que la délégation onusienne venait prendre acte des progrès déjà réalisés, globalement entérinés par le sommet de la CIRGL qui s’est récemment tenu à Luanda, pour appuyer dans un premier temps l’accord politique de Kinshasa conclu sous la facilitation d’Edem Kodjo. Mais aussi et surtout, dans un deuxième temps, pour exprimer clairement les attentes de la communauté internationale en faveur d’une plus grande inclusivité de l’accord. Ce qui veut dire, sous l’empire de la constitution et de la résolution 2277 du Conseil de sécurité de l’ONU.

Il y a donc urgence, ne cesse-t-on de souligner à l’ONU, dont les agences spécialisées n’ont pas arrêté de compter les morts et les blessés, d’inventorier la liste des violations massives des droits de l’homme et de répression des libertés tant individuelles que collectives depuis les événements des 19 et 20 septembre 2016, de sonner l’alarme par rapport à l’expression des antagonismes et l’exacerbation des tensions sur le terrain.

S’il est de plus en plus clair aujourd’hui que l’accord du 18 octobre n’a pas réussi à créer l’unanimité, il est tout aussi vrai, au même moment, que la fin du deuxième et dernier mandat de Joseph Kabila approche à grands pas, alors que personne, entre la menace des armes et la détermination d’importantes franges de la population à défendre la constitution et imposer l’alternance démocratique, ne semble encore avoir pris la mesure de la violence qui pourrait apparaître à beaucoup de Congolais comme la seule issue à l’impasse.

L’ONU devrait par conséquent mettre fermement sur la table la question qui fâche en demandant, en complément de l’accord du 18 octobre, qu’une date soit clairement fixée pour la présidentielle. C’est ce que la délégation du Conseil de sécurité de l’ONU – qui comprend notamment les ambassadeurs français, sénégalais et angolais – compte dire au président Joseph Kabila ainsi qu’aux dirigeants de l’opposition et de la société civile. Une date qui devrait être choisie par les Congolais eux-mêmes, a précisé l’ambassadeur angolais Ismaël Gaspar Martins, complété par son homologue français François Delattre. Pour ce dernier, l’élection doit se tenir « dès que possible et dans le plein respect de la Constitution ». Avant de préciser que la délégation «saisira l’occasion de parler à toutes les parties prenantes afin qu’elles soient pleinement conscientes de leur responsabilité de préserver la paix et de se montrer prêtes à des compromis».

Alors que les 19 et 20 septembre ont joué aux précurseurs, ce que la communauté internationale craint, c’est clairement de laisser la demande populaire, les frustrations et les rancœurs culminer au fur et à mesure que l’on s’approchera de la date fatidique du 19 décembre. Une perspective d’autant plus inquiétante que certaines voix au sein de la majorité caressent l’espoir de recourir à l’arme fatale de l’état d’urgence, sans être en mesure d’évaluer ni combien de temps celui-ci tiendra, ni quelle sera la réaction des forces de l’opposition dans un contexte de contestation généralisée de la légitimité des institutions sur pied de l’article 64 de la constitution. Ce dernier encourage en effet tout Congolais à « faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la constitution ».Une crainte d’autant plus justifiée à ce stade que dans la rue comme sur les réseaux sociaux, il est apparu que plusieurs groupes des jeunes, pour exprimer leur engagement, ont entrepris de s’organiser en prévision du 19 décembre 2016 en dehors des structures traditionnelles de l’opposition et de la société civile.

Vilipendé à l’intérieur, boudé à l’extérieur par les partenaires traditionnels – Belgique, France, Etats-Unis – qui s’apprêtent à déployer des sanctions ciblées contre les élites au pouvoir, le régime Kabila n’avait jamais été aussi encerclé, ce qui souligne d’autant l’importance du choix qu’il est appelé à opérer dans les jours et semaines qui viennent en favorisant un compromis politique plus global à même d’éviter au pays le chaos et de protéger les intérêts du chef de l’Etat, de sa famille politique et biologique.

L’initiative prise par les évêques de la CENCO et encouragée par le chef de l’Etat représente à coup sûr cet espoir. Des signaux ténus lancés de part et d’autre de l’échiquier politique indiquent que Joseph Kabila comme le Rassemblement n’y seraient pas hostiles. A titre d’exemple, d’un côté le gouvernement prévu par l’accord du 18 octobre n’a toujours pas vu le jour, tandis que, de l’autre côté, l’opposition regroupée au sein du Rassemblement accéderait de plus en plus à l’idée d’une petite transition qui repousserait la date des élections. Il reste à espérer que cette initiative ne sera pas parasitée par les boutefeux comme les faucons d’un camp comme de l’autre déterminés soit à brûler le pays plutôt que de perdre leurs privilèges, soit à faire du chantage sur le dos de l’accord politique du 18 octobre pour préserver l’espoir de monter au pouvoir.

C’est, ou presque, la dernière ligne droite. Il n’est pas sûr qu’elle soit exempte d’embûches et de pièges.