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Inga III : un projet gardé dans l’ombre

C’est l’histoire secrète d’un immense projet hydroélectrique qui pourrait alimenter en énergie une bonne partie de la République démocratique du Congo et du continent africain. Depuis plusieurs années, des discussions sur Inga III se tiennent à l’abri des regards, entre la présidence congolaise et deux consortiums internationaux. Dans ce rapport publié le 28 octobre, Resource Matters et le Groupe d’étude sur le Congo retracent ces négociations autour du plus gros site hydroélectrique au monde et démontrent qu’il n’existe actuellement aucune garantie que la population bénéficiera de l’électricité générée par la future centrale.

 ->Cliquez ici pour lire l’intégralité du rapport « Inga III : un projet gardé dans l’ombre. Comment le contrat du plus gros site hydroélectrique au monde se négocie à huis clos ».

Cinq Congolais sur six, soit 65 millions de personnes, vivent dans le noir, selon les chiffres de la Banque mondiale. Avec une capacité potentielle de 40 Gigawatts dont moins d’un vingtième est exploité à ce stade, le développement d’Inga III figure parmi les potentiels remèdes au déficit énergétique depuis les années 1990.

Depuis 2015, l’Agence pour le développement et la promotion du Projet Grand Inga (ADPI) est chargée de sélectionner le développeur et de faire avancer le projet. Placée sous tutelle présidentielle, la structure gère seule le dossier. D’autres parties prenantes sont tenues à l’écart : la société civile, les ministères compétents, le parlement congolais reçoivent des mises à jour au compte-gouttes. En octobre 2018, après deux ans de silence quasi-total, l’ADPI a tenu une cérémonie publique au cours de laquelle elle a signé un « accord de développement exclusif » avec le Groupement Chine d’Inga et le Groupe ProInga (majoritairement espagnol). L’accord n’a pas été rendu public.

Ce projet de près de 14 milliards de dollars, qui reste une priorité aussi bien pour le président Félix Tshisekedi que pour l’Union africaine, vise à générer au moins 10 gigawatts, selon les propositions les plus récentes. Ce qui quadruplerait la production actuelle du pays. Or rien ne garantit actuellement qu’une partie de cette électricité sera réservée à la population congolaise. Vu l’impératif de trouver des clients solvables pour réaliser ce projet nécessitant de lourds investissements, cinq gigawatts sur les 10 ont d’ores et déjà été promis à l’Afrique du Sud. Dans des discussions antérieures à l’accord d’octobre 2018, il était question de réserver trois gigawatts à la République démocratique du Congo, avec un risque réel qu’une partie substantielle de ces trois gigawatts serait allouée aux industries minières installées dans le pays plutôt qu’aux habitants. Depuis lors, même cette exigence de réserver trois gigawatts sur 10 n’a été retenue ni dans l’accord entre l’ADPI et les consortiums, ni dans la proposition que les consortiums ont remise pour Inga III fin 2018.

Dans les mois à venir, les négociations sur le projet continueront dans un contexte fragile. En effet, des différends importants semblent se creuser entre les deux consortiums qui sont appelés à travailler ensemble pour mener les études complémentaires et finaliser le design et la levée de fonds pour ce méga-projet. Par ailleurs, des voix s’élèvent de plus en plus au sein du gouvernement congolais pour critiquer le nouveau format de plus de 10 gigawatts, réclamant un retour à l’ancienne formule qui envisageait un projet plus modeste, bien que toujours aussi coûteux.

Avec l’avènement de Félix Tshisekedi à la tête du pays et la promesse du nouveau président d’améliorer l’accès à l’électricité pour la population, il est temps de recadrer Inga III dans une stratégie globale sur les meilleures pistes d’électrification du pays et de rendre plus inclusif et transparent le processus de négociation et de développement du projet.