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Dialogue: plus c’est clair, plus c’est flou…

Il y a deux semaines, tout semblait indiquer que le dialogue était sur la bonne voie. La majorité se félicitait après les dernières consultations initiées en début du mois par Joseph Kabila, qui a tenu à en informer aussi bien l’Eglise catholique par le biais de la conférence épiscopale du Congo, les confessions religieuses, certaines organisations de la société civile ainsi que les diplomates accrédités à Kinshasa.

Tout était prêt, sauf la question d’une médiation internationale, qui ne pouvait cependant être un point de blocage, avait insinué le chef de l’Etat.

Tout le problème, c’est qu’on ne peut vouloir une chose et verser à la fois dans la surenchère.

C’est pourtant l’exploit réussi par Alain André Atundu Liongo, le nouveau porte-parole de la Majorité Présidentielle. Atundu Liongo a opéré un glissement sémantique qui a semé une nouvelle discorde dans l’opinion, en déclarant jeudi 12 novembre qu’on ne pouvait envisager des élections crédibles sans un recensement général de la population. Il rappelait ainsi l’étincelle qui avait mis le feu aux poudres en janvier 2015 lors du vote de la loi électorale modifiée.

En y ajoutant les opérations de nettoyage du fichier électoral, d’enrôlement des nouveaux majeurs et des Congolais de la diaspora, Atundu Liongo semblait confirmer ses propos du 31 octobre, pourtant rejetés par le porte-parole du gouvernement, dans lesquels il préconisait une transition de deux à quatre ans.

Atundu a ainsi réussi à saper l’union sacrée qui semblait pourtant se dessiner autour du dialogue. Ce qui a fait immédiatement sortir l’Eglise catholique de ses gonds, par le biais d’un communiqué couperet de la Conférence Episcopale Nationale du Congo rendu public vendredi 13 novembre, soit un jour après la sortie hasardeuse d’Atundu Liongo.

L’Eglise catholique a clairement fixé en quatre points une ligne rouge au-delà de laquelle elle ne saurait donner sa caution au dialogue. Notamment que :

  1. Toutes les parties s’engagent à respecter la constitution et les institutions de la République ;
  2. Aucune transition ne soit organisée, car contraire à la constitution ;
  3. Aucune institution extraordinaire ne soit créée ;
  4. Les délais constitutionnels concernant l’organisation des scrutins soient respectés.

Il s’y ajoute une autre ligne rouge, celle-là tracée par l’Udps d’Etienne Tshisekedi, pour laquelle le dialogue ne peut être convoqué qu’en vertu de l’Accord d’Addis-Abeba et de toutes les résolutions qui l’accompagnent, mais aussi et surtout par un médiateur international. L’Udps, du moins jusque-là, déclare également tenir un point d’honneur à récuser toute transition et faire respecter les délais constitutionnels.

Tout compte fait, on a tout d’un coup le sentiment que toutes les avancées récemment engrangées l’ont été en pure perte, que chaque acteur n’a plus que le souci de tracer son territoire et de faire triompher son propre agenda. Une attitude bien éloignée de l’esprit du dialogue qui implique écoute, tolérance, compromis et volonté de faire du chemin ensemble dans la paix et la stabilité.

En un mot, un retour à la case-départ. Pour quel résultat demain ?