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De nombreuses questions sans réponse…

Plusieurs commentateurs à Kinshasa tentent encore de décrypter le message qui se dégage des deux derniers déplacements de Joseph Kabila à l’étranger.

Le chef de l’Etat congolais longtemps resté recroquevillé sur lui-même, pour ne pas dire isolé, a surpris ses compatriotes en se rendant le week-end dernier en Egypte puis au Gabon. Deux pays d’inégale importance sur l’échiquier africain et international, dont on peut à juste titre se demander quel pourrait être l’intérêt des Congolais à les fréquenter.

Si les mots ont évidemment leur charge, on retiendra forcément que ce n’est pas innocent que les échanges entre Al-Sissi et Joseph Kabila ont insisté sur les ingérences étrangères dans les affaires internes, rappelant le même slogan que Joseph Kabila avait déjà lancé à l’occasion de son message à la nation le 5 avril dernier pour souligner l’importance pour la RDC de conduire son processus électoral à l’abri des interférences de ses partenaires traditionnels devenus de plus en plus critiques.

Mais l’Egypte, c’est aussi l’image de la brutalité des forces de sécurité qui ont conduit dans une boucherie innommable le coup d’Etat contre le président Morsi, assaisonné de milliers d’arrestations sous le signe de la lutte contre le terrorisme. Les ex-Zaïrois se souviennent justement que certaines de leurs forces de sécurité ont bénéficié de l’expertise égyptienne, dans les années Mobutu, pour former et équiper la sinistre Garde Civile si précieuse quand il s’agissait de mettre les opposants, les défenseurs des droits de l’homme et les journalistes au pas.

Que l’Egypte, par la bouche de son président, déclare sa disponibilité non pas à investir dans un pays où l’incertitude politique est l’horizon le plus immédiat, mais plutôt à aider ce dernier à combattre les groupes armés n’est donc pas sans signification.

Cerise sur le gâteau, l’étape gabonaise n’a pas été qu’une simple anecdote parce qu’il s’est agi pour les deux pays d’échanger leurs expériences sur leurs dialogues respectifs. On peut à juste titre se demander en quoi le Gabon peut constituer un modèle après le hold-up opéré de la manière que l’on sait par le parti au pouvoir.

Du coup, on comprend que les Congolais qui voient chaque jour leur destin leur échapper ne pouvaient pas avoir d’autre choix que de s’accrocher avec l’énergie du désespoir à la dernière déclaration de la Conférence épiscopale nationale du Congo. Déclaration dont on retient pour l’essentiel que la désignation du premier ministre Bruno Tshibala constitue ni plus ni moins une entorse à la mise en œuvre de l’accord de la St Sylvestre.

Dans un souci d’équilibrage ou une volonté de ne pas laisser l’église catholique occuper seule le terrain et orienter l’opinion, des confessions religieuses autres que catholique ont publié en début de semaine une déclaration dans laquelle ils insistent sur la volonté d’aller tout droit vers les élections. En d’autres termes, il faut soutenir le gouvernement Tshibala. Les mêmes confessions religieuses ont appelé les acteurs politiques signataires de l’accord du 31 décembre à s’investir dans l’adoption rapide de la loi portant institution, composition, fonctionnement et organisation du Conseil national de suivi de l’accord (CNSA).

Reste, qu’on le déplore ou qu’on s’en félicite, que pour de nombreux analystes la déclaration des évêques catholiques a un côté positif indiscutable. Premièrement, elle est venue remettre le caractère impératif sinon incontournable de l’accord du 31 décembre 2016 au centre du débat sur le processus de transition en RDC, en proposant à l’opinion souvent tiraillée l’exégèse des évêques catholiques qui l’ont négocié. Deuxièmement, la déclaration a rappelé les principes qui ont permis de verrouiller l’accord : organisation des élections présidentielles, législatives et provinciales avant la fin de l’année, pas de troisième mandat pour Joseph Kabila, pas de révision de la constitution par voie de référendum ou législative.

Peu ou prou, la déclaration des évêques est venue s’inscrire dans une dynamique internationale de critique générale sur l’absence de consensus autour de la nomination de Bruno Tshibala comme premier ministre avec comme objectif de remettre l’accord du centre interdiocésain au cœur de la démarche globale de la communauté internationale articulée autour de la résolution 2348 du conseil de sécurité de l’ONU. Une démarche rendue d’autant plus nécessaire avec la diffusion en début de semaine par le gouvernement congolais d’une vidéo montrant l’exécution par des présumés terroristes apparentés à la milice Kamuina Nsapu des deux experts des Nations Unies, l’Américain  Michael Sharp et la Suédoise Zaida Catalan.

L’ONU a fermement condamné la maladresse du gouvernement congolais dans la mesure où cette vidéo constitue ni plus ni moins une pièce à conviction dans le cadre de l’enquête criminelle qui doit nécessairement se déployer. L’ONU a également indiqué que les autorités congolaises auraient dû tenir compte de la brutalité des images face à l’émotion des familles éplorées. Pour le reste, plusieurs questions se posent. Qui a réalisé cette vidéo ? Comment s’est-elle retrouvée dans les mains du gouvernement alors qu’il s’agit d’une pièce à conviction ? Pourquoi les autorités congolaises se sont-elles empressées de la rendre publique ? Les miliciens Kamuina Nsapu, à supposer que ce soit eux, avaient-ils intérêt à tuer des chercheurs venus enquêter sur les massacres et fosses communes attribués aux forces de sécurité, alors que l’on sait que c’est le gouvernement qui avait interdit à la Monusco de se déployer ?

Enfin, va-t-on s’arrêter là avec cette évidente volonté du gouvernement congolais de se dédouaner à tout prix ou l’existence de cette vidéo justifie-t-elle désormais la nécessité et l’urgence d’une enquête internationale à laquelle devront participer, au minimum, les Nations Unies dont les deux victimes étaient des experts, ainsi que les pays d’origine de Michael Sharp et Zaida Catalan ?