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C’est Kabila qui a tout à perdre !

Cela s’appelle souffler le chaud et le froid.

Vendredi, la Majorité Présidentielle (MP) dans une déclaration datée du 02 décembre, prenait acte, selon elle, de l’échec de la mission des bons offices de de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) au motif «des contradictions flagrantes au sein des forces politiques et sociales non signataires de l’Accord politiques et certaines de leurs exigences attentatoires à l’esprit et à la lettre de la constitution ». C’était le froid.

Le chaud, c’est la contradiction apportée lundi 04 décembre par Joseph Kabila lui-même. Recevant une délégation de la Cenco, le chef de l’Etat qui achève son deuxième et dernier mandat constitutionnel ce 19 décembre, a encouragé les évêques catholiques à poursuivre leur mission tout en appelant à ce que les parties non signataires de l’accord du 18 octobre lancent un message d’apaisement.

Clairement, la question est de savoir s’il y a contradiction entre les deux pôles de la majorité. A l’évidence, non. Il suffit de se rappeler que ce sont les mêmes recettes datant des années Mobutu qui sont encore et toujours à l’honneur dans les allées du pouvoir. S’agissant par exemple des négociations dites du Palais de Marbre I, l’auteur de ces lignes est en mesure de confirmer que des ordres avaient été donnés pour s’opposer, notamment, à la candidature d’Etienne Tshisekedi comme premier ministre, le chef de l’Etat s’attribuant le beau rôle de sauveur de la nation en venant décanter la situation, s’opposant du coup à la prise de position de ses propres troupes.

Rien n’a donc changé sous le soleil, la recette visant à attirer à Joseph Kabila quelques marques de sympathie dans l’opinion, sans pour autant apporter significativement une quelconque évolution par rapport aux critiques formulées par la MP au regard des divergences soulevées par la Cenco. Ces divergences viennent principalement de la famille politique au pouvoir qui n’a pas adhéré aux propositions faites par le Rassemblement. Ces divergences tiennent sur les points suivants : respect de la constitution, processus électoral, financement des élections, indépendance de la Céni et du Csac, fonctionnement des institutions pendant la période de transition, mesures de décrispation politique, mécanisme de suivi de l’accord politique, forme du compromis politique…

Question : combien de temps Joseph Kabila peut-il faire durer le blocage sans se faire lui-même hara-kiri ? A ce stade, la dynamique tant à l’intérieur qu’à l’extérieur est telle qu’à terme c’est lui qui court tous les risques de perdre la main. A l’intérieur, on apprend que l’avocat Jean Joseph Me Mukendi, proche conseiller du leader de l’Udps, a rencontré lundi 05 décembre le chef de l’Etat pour évoquer les détails de la rencontre au sommet avec Etienne Tshisekedi, rencontre souhaitée par les forces politiques et sociales à l’intérieur tout comme par les principaux partenaires à l’extérieur. Aux dernières nouvelles, cependant, cette initiative est en train d’être critiquée par les faucons de la cour présidentielle qui n’apprécient pas que le cours des événements échappe à leur contrôle. On notera tout de même qu’elle survient au lendemain de la nième visite de Tom Perriello, l’envoyé spécial de Barack Obama pour les grands lacs, à Kinshasa où il s’est entretenu la semaine dernière avec toutes les parties, et au moment où l’Union Européenne s’apprête à passer à une autre étape de sa stratégie de pression avec des sanctions ciblées, quand la nouvelle administration américaine envoie de plus en plus des messages clairs à l’endroit des pays susceptibles de favoriser la criminalité internationale en vendant des matières sensibles comme l’uranium à des Etats voyous, en favorisant le blanchiment de l’argent du terrorisme et de la drogue, en encourageant l’immigration par des politiques qui chassent beaucoup de candidats à l’expatriation de leurs propres pays !

Par ailleurs, alors que l’Ouganda et le Rwanda semblent définitivement avoir perdu la main sur le dossier congolais, il n’est pas sans signification de noter que l’Angola qui en détient aujourd’hui le leadership vient de faire passer un message clé en indiquant que le président Eduardo dos Santos allait quitter définitivement le pouvoir l’année prochaine (2017) !

Enfin, il restera la question de savoir si Joseph Kabila est prêt à aller jusqu’à la bataille de la légitimité. Sans un compromis politique acceptable, il est clair qu’au-delà même de l’opposition classique, des mouvements citoyens difficiles à contrôler vont s’appuyer sur l’article 64 de la constitution pour proclamer l’illégitimité du pouvoir de Joseph Kabila à partir du 20 décembre et inciter la population à la désobéissance civile. Il n’est pas exclu que, dans la foulée, au sein de la communauté internationale plusieurs pays considèrent dorénavant le régime de Kinshasa comme illégitime. A l’évidence, les temps étant comptés, c’est bien sûr Kabila qui aurait tout à perdre !