FeaturedGuest Blog

Centre interdiocésain : échec et clarification ?

Ils avaient promis la chicotte à toute l’Afrique du football. Les léopards de la république démocratique du Congo ont sombré corps et biens dimanche 29 janvier 2017, rappelant brutalement leurs supporters à la dure réalité d’une crise devenue le mode de vie de tout un peuple depuis bientôt plus de deux décennies.

Du coup, les esprits se sont surchauffés dans plusieurs quartiers périphériques de la capitale Kinshasa, obligeant la police nationale à se déployer et à déployer ses muscles. Pour ces esprits agités, l’échec porte un nom : Joseph Kabila, coupable de vouloir tout confisquer à son seul profit et à celui de sa famille tant politique que biologique, y compris la joie de vivre des Congolais.

Un jour plus tôt, la frustration était à son comble. Les discussions complémentaires relatives à l’arrangement particulier venaient de s’achever le 28 janvier 2017 au Centre interdiocésain sur un constat d’échec. Les négociateurs ne se sont pas mis d’accord ni sur le mode de désignation du Premier ministre, ni sur la répartition des portefeuilles ministériels, ni enfin sur le chronogramme de la mise en œuvre de l’accord du 31 décembre 2016. Comble de cynisme ou ironie du sort, la Majorité Présidentielle a, dans le même temps, levé la réserve dont elle avait assorti la signature de l’accord du Centre interdiocésain, apportant à sa manière la preuve de sa très bonne disposition.

Personne n’a pourtant oublié que c’est la MP qui exige une liste de noms à proposer au pouvoir discrétionnaire du Chef de l’Etat pour la nomination du Premier ministre, quand l’opposition s’évertue, jusque-là sans succès, à rappeler l’esprit et la lettre du point 3.1 du chapitre III de l’accord du centre interdiocésain. Aux termes de cette disposition, «Le Gouvernement de la République est dirigé par le Premier Ministre présenté par l’Opposition politique non signataire de l’Accord du 18 octobre 2016/Rassemblement et nommé par le Président de la République conformément à l’article 78 de la Constitution ».

Tout cela ressemble évidemment à un joyeux marché des dupes,  de la même manière que tout cela oblige de s’interroger sur la portée réelle des discours prononcés et des actes effectivement posés dès lors qu’ils concourent objectivement au blocage. Question : si la Majorité Présidentielle continue de se comporter comme si le 19 décembre 2016 n’avait jamais existé, comme si le mandat de Joseph Kabila n’avait jamais pris fin, comment faut-il interpréter ces faits à la lumière de la transition sensée avoir commencé avec la signature de l’accord négocié par les évêques de la Cenco ?

C’est l’idée qui commence à faire son bonhomme de chemin au sein de l’opinion : la famille politique de Joseph Kabila n’a eu besoin des évêques que pour passer le cap du 19 décembre 2016. Par contre, elle n’a jamais abandonné ni son ambition de conserver le pouvoir par tous les moyens, ni la volonté de rouler tous les acteurs politiques congolais dans la farine, de sorte qu’aujourd’hui, garder l’accord du 31 décembre 2016 en l’état équivaudrait, d’une part, à valider le glissement et, de l’autre, à admettre sa caducité par rapport à l’objectif global de la tenue des élections dans un an.

En se privant, tout au long du processus de négociation, des moyens de sanctionner la mauvaise foi des protagonistes, les évêques n’ont jamais été en mesure de s’ériger en acteurs clés d’une transition destinée à déboucher sur une véritable transition démocratique, devenant à leur corps défendant les dindons de la triste farce qui se joue en RD Congo.

Il en est de même de l’opposition. Poussée autant par ses propres besoins de survie que par la communauté internationale à aller au dialogue, elle n’a jamais posé la question des garanties de bonne fin. Sa renonciation rapide aux manifestations n’était pas seulement une capitulation camouflée. Beaucoup d’acteurs de l’opposition ont plutôt apporté la preuve que l’idéal pour eux résidait moins dans l’alternance démocratique que dans la faculté d’accéder à la mangeoire grâce au partage du pouvoir. D’où par exemple la résistance farouche opposée par Samy Badibanga, dont les Congolais découvrent un peu sur le tard et à leur corps défendant la capacité à parasiter durablement le processus de sortie de crise.

Il en est, enfin, ainsi de la communauté internationale. Fatiguée ou pressée d’abandonner les Congolais à subir les conséquences des choix qui n’ont jamais été les leurs, la communauté internationale, souvent divisée, n’a jamais été en mesure de maintenir une pression constante sur un pouvoir arrivé fin mandat, kléptocratique, corrompu et plusieurs fois pris en flagrant délit de dissipation des maigres ressources du pays et de perpétuation de crimes contre l’humanité. La preuve la plus éclatante est que, bluffée par une campagne de lobbying plutôt mensongère, elle s’est précipitée sans aucune garantie à abandonner la croisade des sanctions ciblées contre les principaux acteurs du régime congolais, se privant du coup de son meilleur levier d’action.

Principale force de l’opposition, l’Udps a eu le mérite, en début de semaine, de se réveiller brutalement pour faire le constat de l’échec mais aussi des limites de la voie des négociations. Il est certes encore tôt de se poser la question de savoir si elle va s’en tenir là sans être capable, ensemble avec la communauté internationale, de proposer une solution de rechange qui soit compatible avec les immenses attentes des Congolais. On peut en douter surtout après le décès de son leader charismatique, Etienne Tshisekedi, mercredi 1er février à Bruxelles.

Le processus conduit par les évêques de la Cenco a dans tous les cas eu au moins un mérite, celui de déciller certains regards et d’exposer clairement la mauvaise foi des acteurs. Il restera maintenant à savoir, après la clarification ainsi intervenue, si la RDC va passer à la confrontation synonyme de déstabilisation. Ce retour à la case-départ pourrait présenter l’avantage de poser clairement la question de l’avenir de la RDC en tant qu’état et nation quand des groupes armés ressuscitent de nouveau dans l’Est alors que les récents crashs d’hélicoptères cacheraient, selon des sources non contrôlées, des opérations de livraison d’armes. A moyen terme, ce qu’il faut le plus craindre, c’est pour les uns le recours à la rue pour manifester et, pour d’autres, la tentation de la violence pour imposer un referendum par la force.