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Bloomberg News: Avec la fortune de sa famille en jeu, le Président Kabila campe sur ses positions

Voici un traduction des extraits de l’article de Bloomberg News de 15 décembre 2016 sur le réseau d’affaires de la famille du Président Joseph Kabila. L’article entier en anglais est ici. Ce rapportage a été en partie financé par le Groupe d’études sur le Congo (GEC) à l’Université de New York. 

Joseph Kabila et les membres de sa famille ont construit un réseau d’affaires pénétrant chaque recoin de l’économie congolaise. Est-ce pour cette raison qu’il refuse de se retirer?

Michael Kavanagh, Thomas Wilson et Franz Wild

Lors de son unique discours public cette année, Joseph Kabila, président de la République démocratique du Congo, a adopté un ton provocateur au moment d’aborder son refus de céder le pouvoir au terme de son dernier mandat, qui prendra effet le 19 décembre prochain. «Je ne peux permettre que la république soit prise en otage par une frange de la classe politique,» a-t-il annoncé au Parlement le mois dernier, sous les acclamations de ses membres.

Désormais âgé de 45 ans, il a déclaré que sa présidence avait amené la paix et la croissance économique au Congo, soulignant au passage les réformes qu’il avait entreprises dans les secteurs des télécommunications, des mines, de l’énergie et de la banque. Ce qu’il n’a pas mentionné, c’est comment certains membres de sa propre famille se retrouvent désormais les principaux bénéficiaires de ces changements—entre autres, sa sœur Jaynet et son frère Zoe, qui l’écoutaient depuis le premier rang, en tant que membres élus du Parlement.

Ensemble, les Kabila ont créé un réseau d’affaires pénétrant chaque recoin de l’économie congolaise et qui a rapporté des centaines de millions de dollars à la famille, selon les résultats d’une enquête menée par Bloomberg News. Ce réseau tentaculaire peut permettre d’expliquer pourquoi le président ignore les exigences des États-Unis, de l’Union européenne et d’une majorité de la population congolaise, lui demandant de céder le pouvoir la semaine prochaine, même si ses conseillers contestent cette situation.

 

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Depuis [2003], les investissements étrangers ont aidé à générer plus de 100 000 postes dans les industries minière et pétrolière, à tripler la taille de l’économie—et ont permis à l’empire familial de prospérer. Durant cette période, Kabila et ses frères et sœurs ont monté un réseau d’affaires international s’étendant à au moins 70 entreprises, selon une analyse faite par Bloomberg News qui s’appuie sur des milliers de documents d’entreprise, de dossiers juridiques, et après avoir mené des dizaines d’entretiens auprès de banquiers, d’hommes d’affaires, de mineurs, d’agriculteurs et d’officiels du précédent gouvernement.

Alors que la loi congolaise n’interdit pas aux responsables politiques ou à leurs familles d’entretenir des intérêts commerciaux, l’ampleur de cet empire n’est devenu visible que très récemment, grâce à des documents commerciaux de source privée et gouvernementale mis à la disposition du public que des régulateurs congolais ont informatisés et rendus accessibles ces toutes dernières années. Bloomberg News, avec l’aide du Pulitzer Center on Crisis Reporting, a enquêté sur les intérêts de la famille Kabila en constituant des archives comprenant des centaines de milliers de pages de documents officiels qui montrent que sa femme, ses deux enfants et huit de ses frères et sœurs contrôlent plus de 120 permis d’exploitation d’or, de diamants, de cuivre, de cobalt et d’autres minerais.

A elles-seules, deux des entreprises familiales sont propriétaires de permis d’exploration de diamants en vigueur sur un territoire qui s’étend à plus de 720 kilomètres au-delà de la frontière sud du Congo avec l’Angola. Des membres de la famille détiennent aussi des parts dans des banques, des exploitations agricoles, des distributeurs de carburant, des compagnies aériennes, une entreprise de construction de routes, des hôtels, un groupe pharmaceutique, des agences de voyage, des boutiques et des discothèques. Une autre entreprise a même tenté d’envoyer un rat dans l’espace à bord d’une fusée.

Dans l’économie congolaise, qui est essentiellement informelle, où prédominent les échanges en espèces, et dans laquelle les parts de la famille Kabila sont pratiquement toutes détenues dans des entreprises privées, la valeur exacte du volume des affaires familiales reste une inconnue. Les quelques chiffres disponibles dans des documents accessibles au public révèlent des investissements d’une valeur supérieure à 30 millions de dollars US dans seulement deux entreprises. Les revenus estimés d’une autre société dépassent les 350 millions de dollars US sur quatre ans—dans un pays où les données de la Banque mondiale indiquent que presque deux tiers des 77 millions d’habitants vivent avec moins de 1,90$ par jour.

Alors que la famille possède directement certaines des entreprises, elle est aussi impliquée dans des dizaines d’entreprises mixtes et de sociétés écrans grâce auxquelles elle détient des parts dans toutes sortes d’industries à des degrés différents. Ceci crée un système si tentaculaire que même des paiements apparemment anodins—tels qu’un loyer payé par les Nations Unies pour un poste de police—finissent dans les poches de la famille Kabila, comme le montre une analyse du réseau. Cela peut se révéler maladroit: dans son empressement à tirer profit de la richesse en ressources du pays, la famille a probablement parfois fait fuir vers l’étranger des investissements qui auraient permis à certains de ses membres de s’enrichir davantage.

Le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, a dit qu’il ne pouvait faire aucun commentaire sur des questions relatives à la famille du président, considérant celles-ci de l’ordre du privé. Lorsqu’on lui a demandé comment Bloomberg News pourrait interviewer Kabila, il a répondu que le président ne parlait pas aux médias occidentaux. Theodore Mugalu, qui gère les affaires personnelles de la famille, n’a pas répondu à une série d’appels téléphoniques et de messages SMS sollicitant ses commentaires.

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[Le conseiller diplomatique en chef de Kabila, Barnabé Kikaya Bin Karubi] a indiqué qu’il ne pouvait faire aucun commentaire au nom du président concernant les affaires de la famille, a néanmoins défendu le droit de celle-ci à faire du commerce. «Le Congo est leur pays—ils ont le droit de vivre, ils doivent avoir des revenus,» a-t-il déclaré. «Que leur rang de famille présidentielle leur facilite les choses est, à mon avis, normal. C’est normal, tant que les lois sont respectées.»

Pour la majorité des Congolais, l’économie n’est plus en plein essor. Le gouvernement a dû revoir ses prévisions de croissance à la baisse à trois reprises cette année en raison du faible cours des matières premières. Elle est dorénavant estimée à 4,3%, en-deçà des 9%, objectif initial fixé lors du budget de 2016.

 

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Joseph Kabila a dû grandir avec ses frères et sœurs en exil en Tanzanie parce qu’ils étaient les enfants de Laurent-Désiré Kabila. Ils ont connu une enfance modeste mais pleine de rebondissements alors que leur imposant père, rebelle charismatique, se déplaçait d’un pays à l’autre, utilisant de faux passeports et essayant de regrouper des partisans dans sa lutte contre le dictateur Mobutu Sese Seko, soutenu par les États-Unis.

Selon une biographie publiée en 2003 par le chercheur belge Erik Kennes, Laurent-Désiré a eu au moins 25 enfants de sept femmes différentes. Joseph, Jaynet et leur jeune sœur Sissy sont nés au Congo, Zoe, Cecylia et Joséphine, en Tanzanie et Masengo et Gloria, les plus jeunes frères et sœurs, ont vu le jour en Ouganda, d’après leurs déclarations dans des dossiers officiels. Un autre frère, Francis Selemani Mtwale, a été adopté alors qu’il était enfant.

Selon la biographie de Kennes, après que leur père eut renversé Mobutu grâce au soutien d’une coalition de gouvernements africains, et soit devenu président en 1997, il s’est immédiatement consacré à gagner de l’argent pour son gouvernement—et pour la famille et les amis.

Les endroits où il avait combattu dans la brousse en tant que jeune rebelle sont devenus des noms d’intérêt commercial. Hewa Bora, la base rebelle où sont nés ses jumeaux Jaynet et Joseph, est devenue le nom d’une compagnie aérienne, d’une station essence, d’une ferme et d’un gisement minier. Wimbi Dira, une autre base arrière, a donné son nom à une seconde compagnie aérienne.

Mais le remaniement du vieil ordre économique et politique effectué par Laurent-Désiré lui a attiré des ennemis et, en 2001, il est assassiné par son propre garde du corps. En quelques semaines, Joseph, alors chef de l’armée du Congo, est choisi comme son successeur. Il n’a que 29 ans.

Depuis, les entreprises de la famille Kabila ont profité de la croissance de l’économie congolaise en développement. Et elles jouissent maintenant d’un avantage dû au pouvoir présidentiel: la protection de la Garde républicaine, une unité d’élite de l’armée qui est censée protéger Kabila lui-même. En juillet 2015, des membres de la Garde ont accompagné sa femme Olive après qu’elle ait acheté une ferme d’élevage dans les collines herbeuses du Nord-Kivu. D’après trois travailleurs agricoles qui ont été délogés, elle leur a ordonné de démonter leurs maisons de fortune ou, s’ils s’y refusaient, de regarder les soldats les détruire. Olive n’a pas répondu aux nombreux appels téléphoniques et aux messages SMS envoyés à son assistant.

Jaynet, la soeur jumelle de Joseph Kabila, est à la tête de nombreuses entreprises. Après la mort de leur père, comme certains documents le montrent, elle a créé des entreprises dans tout le Congo, mais aussi aux États-Unis, au Panama, en Tanzanie et sur l’île de Niue, dans le Pacifique Sud. Des archives de sociétés indiquent qu’elle est ou a été actionnaire ou directrice dans au moins 28 entreprises. Dans certaines d’entre-elles, elle contrôlait une majorité de parts alors que dans d’autres, elle détenait des participations minoritaires. Il est difficile de savoir combien de ces sociétés sont encore en activité.

Le manque de transparence dans certaines transactions familiales a causé des dégâts à l’économie du Congo. En 2012, le Fonds monétaire international a suspendu son programme de prêt d’un demi-milliard de dollars au Congo suite au refus du gouvernement de publier les contrats relatifs à un accord de 2011, connu sous le nom de Comide, concernant une mine de cuivre. Selon des archives judiciaires de 2013, l’une des entreprises impliquées dans l’affaire, Goma Mining, était détenue par la famille à hauteur d’au moins 10% et présidée par la sœur de Kabila, Joséphine.

Selon des archives officielles de septembre 2014, la participation de la famille dans le secteur minier—diamants, cobalt et cuivre—s’effectue en partie par le biais d’une société appelée Acacia, détenue majoritairement par Jaynet, par Masengo, un plus jeune frère, par Sifa, la fille de Joseph Kabila âgée de 16 ans et le conseiller financier de Kabila, Emmanuel Adrupiako.

À Tembo, lointaine ville du sud, les gens n’ont jamais entendu parler ni d’Acacia ni de Kwango Mines, une autre entreprise contrôlée par la famille qui, à elles-deux, détiennent 96 permis d’exploitation minière. Mais il semble qu’ils savent qui contrôle l’exploitation de diamants que l’on trouve dans la rivière. «La totalité des documents concernant ce projet sont maintenant entre les mains de Jaynet Kabila, la sœur jumelle» dit Jauvin Manzaza, marchand de diamants, tout en pointant du doigt la grande rivière Kwango qui longe la frontière entre l’Angola et le Congo.

Pour commencer, les sociétés contrôlées par Kabila se sont implantées à cet endroit en 1998, commente Manzaza. Elles étaient «armées» de tracteurs et d’équipements servant à extraire les diamants à 25 kilomètres au sud de la ville. En 2003, une entreprise dirigée par Selemani et Zoe et Masengo, les jeunes frères de Kabila, a vendu pour plus de 12 millions de dollars de pierres précieuses, comme l’indiquent les données d’exportation. Les diamants représentaient trois quarts des revenus d’exportation du Congo (lien en anglais: Congo’s export revenue) cette année-là, qui marquait aussi la fin de la guerre civile dans le pays, attirant au passage des sociétés internationales exploitant cette pierre précieuse.

Une fois là-bas, ces sociétés ont estimé qu’elles n’avaient d’autre choix que de négocier avec le clan Kabila, comme nous l’a indiqué Mike De Wit, directeur de la prospection au Congo de 2003 à 2007 pour De Beers, le plus important producteur de diamants du monde. Il a ajouté qu’en 2006, De Beers avait signé un accord l’autorisant à faire de la prospection grâce à des permis appartenant à une société contrôlée par Olive Lembe, quelques mois avant qu’elle n’épouse le nouveau président. Cette société s’appelle maintenant Olive Sifa Laurent, ou Osifal en abrégé, et tient son nom de ses actionnaires: Olive, Sifa, la fille du couple et Laurent-Désiré, leur fils de 8 ans.

 

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Aujourd’hui, près de Tembo, des machines énormes rouillent dans la chaleur tropicale. En l’absence d’investissements majeurs de compagnies minières, des mineurs artisanaux fouillent le lit de la rivière à la recherche de diamants.

«Nous avons cessé d’exploiter la concession mais nous continuons de la contrôler,» nous dit le commandant Freddy Kakudji, l’officier le plus haut gradé du petit groupe de soldats de la Garde républicaine resté sur place afin de patrouiller le long de la rivière.

A cinquante kilomètres au sud, des hommes en combinaisons de plongée rapiécées se jettent à l’eau du bord de leur bateau pneumatique faisant partie d’une flottille de 20 canots de toutes les couleurs, en quête de diamants et raclent les cailloux du lit de la rivière. Quand les soldats de la Garde républicaine passent, les plongeurs leur tendent des seaux contenant probablement des graviers remplis de pierres précieuses. L’impôt informel qu’ils doivent payer.

Il est difficile de connaître le montant des revenus que l’exploitation des diamants génère actuellement au bénéfice des entreprises de la famille Kabila. La production de diamants du Congo a été réduite de moitié depuis 2005, dépassée par celles du cuivre, du cobalt et de l’or.

Acacia a porté son attention à quelques 800 kilomètres au sud-est de Tembo en 2010, lorsque les prix du cuivre et du cobalt, désormais les principales exportations congolaises, se sont mis à grimper. La région, appelée le Katanga, regorge de cuivre et d’autres métaux. Des centaines de milliers d’hommes, qui ont désespérément besoin de travailler, se munissent de pelles, de pioches et de marteaux pour racler le fond de tunnels, qui descendent parfois jusqu’à 40 mètres de profondeur, et en extraire du minerai.

Près de la ville de Luisha, environ 4 500 mineurs exploitent une zone constituée de six mines appartenant officiellement à la compagnie minière publique Gecamines. Selon un rapport de 2014 financé par la Banque mondiale, des équipes de quatre mineurs extraient en moyenne une demi-tonne de minerais de cuivre et de cobalt par jour.

Trois de ces mines sont dirigées par Acacia, nous indique le rapport de 2014, bien que Gecamines n’ait jamais déclaré de partenariat avec l’entreprise. Selon ce même rapport, rédigé par le cabinet de consultants français Sofreco dans le cadre d’un programme de la Banque mondiale visant à améliorer la gestion de l’industrie minière au Congo, sur les sites, des soldats obligent les mineurs à ne vendre leurs minerais qu’à Acacia, et ce à des prix inférieurs à ceux du marché. Un porte-parole de Gecamines a refusé de commenter cette information.

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Dans la capitale congolaise de Kinshasa, derrière les vitres réfléchissantes de la banque BGFI, la famille Kabila a monté son investissement le plus sophistiqué: la filiale nationale d’une compagnie bancaire basée au Gabon.

Au Congo, BGFI est entre les mains de la famille présidentielle. Lorsque l’établissement prêteur s’est installé dans le pays en 2010, et d’après des documents d’enregistrement de la compagnie datant de cette année-là, Gloria Mteyu, la sœur de Kabila, a acheté 40% des parts, pour une valeur de 10 millions de dollars à l’époque. Le Groupe BGFI Bank SA, dont le siège se trouve au Gabon et qui possède des filiales dans 11 pays, détient 60% des parts.

En 2014, selon des documents officiels datant de cette même année, les plus récents à disposition, la filiale congolaise de BGFI a recapitalisé, augmentant son capital social à hauteur de 38 millions de dollars, et Gloria a conservé sa participation à 40%. En décembre dernier, la banque possédait 374 millions de dollars en actifs, faisant de celle-ci le sixième établissement prêteur le plus important du Congo. Gloria détient également une part dans une nouvelle filiale bancaire par le biais d’une action dans Kwanza Capital, selon les indications des registres d’actionnaires. Et, d’après un contrat examiné par Bloomberg, BGFI a prêté 3,45 millions de dollars à Kwanza en avril.

Gloria, créatrice de mode de 32 ans, nous a dit lors d’un entretien téléphonique qu’elle était retournée au Congo en 2012 pour lancer la Semaine de la Mode de Kinshasa, après avoir fait ses études à New York, Milan et Paris.

Interrogée sur ses activités, elle a répondu qu’elle protégeait sa vie privée et qu’elle ne souhaitait pas parler d’entreprises qui ne soient pas en relation avec la mode. Elle a ajouté qu’elle ne détenait aucune action à la BGFI.

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Jean-Jacques Lumumba, directeur du crédit au sein de la banque, avait remarqué des transactions suspicieuses peu après avoir commencé à y travailler en 2014.

Lumumba a découvert que la banque centrale de la nation—qui n’est pas autorisée à faire des prêts commerciaux—avait prêté 43 millions de dollars à une société de distribution alimentaire et transféré cette somme sur un compte de BGFI. Les documents constitutifs de la compagnie alimentaire montre que celle-ci est dirigée par les associés du Président Kabila dont le frère, Selemani, se trouve être le P-DG de la banque.

Lumumba a déclaré s’être confronté à Selemani dans le bureau de son chef, où il l’a trouvé assis en face d’une photo de Kabila et d’une autre montrant Selemani en compagnie de certains des hommes impliqués dans la transaction.

Selemani l’a fixé dans les yeux, s’est ensuite adossé à sa chaise tout en laissant apparaître derrière un pan de sa veste la crosse sombre d’un pistolet coincé à la ceinture de son pantalon. Lumumba se souvient qu’il lui a crié: «Tu veux me causer des problèmes? Tu sais que je peux te régler ton compte s’il le faut. Fais juste ce que je te dis.»

BGFI a dit dans une déclaration qu’elle a octroyé un crédit à la compagnie mais que la banque centrale n’avait jamais accordé un tel prêt. Joint sur son téléphone portable, Selemani a raccroché avant qu’on ne puisse lui poser la moindre question. La banque centrale et la compagnie commerciale ont également déclaré qu’un tel prêt n’avait jamais été effectué, bien qu’un enregistrement du transfert apparaisse sur les relevés bancaires que Lumumba, 30 ans, a emporté avec lui lorsqu’il a par la suite fui le Congo avec sa femme et ses enfants.

En réfléchissant aux sanctions prises par les États-Unis à l’encontre des chefs militaires congolais, Lumumba soutient qu’elles ne frapperont pas ceux qui font vraiment en sorte que Kabila se maintienne au pouvoir: le réseau de personnes qui dirigent les affaires privées de la famille. Il explique: «Les États-Unis appliquent des sanctions aux généraux. Cela ne fera aucune différence. Si vous souhaitez attirer l’attention de Kabila, vous devez viser le monde de la finance. »

Franz Wild est un journaliste de Bloomberg News basé à Londres. Thomas Wilson réalise des reportages pour Bloomberg News à Kinshasa. Le reportage de Michael Kavanagh a été en partie financé par le Pulitzer Center on Crisis Reporting et, en partie, par le Groupe d’Études sur le Congo de l’Université de New York.